Quand l’imagination est interpellée, on obtient toujours de beaux résultats. Short Story est un de ces jeux magnifiques qui vont vous amener à créer des récits courts, afin de faire deviner des images. Saurez-vous éviter les pièges et être un conteur de choix?
Short Story
Auteurs: Valery Fourcade et Jean-Philippe Mars;
Illustratrices: Carol Ann Robillard et Léa Wojcik;
Éditeur: MJ Games;
Distributeur: MJ Games;
Nombre de joueurs: 3 à 6 joueurs;
Durée: 20-30 minutes;
À partir de: 10+;
Thématiques: Histoires courtes, images, déduction, langue;
Mécaniques: Jeu de narration, de déduction, de rapidité et d’ambiance.

C’est quoi le but?
Le but des joueurs dans Short Story est de retrouver le plus vite possible les mots-clés cachés dans l’histoire du narrateur… et d’être un narrateur efficace, mais pas trop, à son tour.

Comment on joue à Short Story?
À chaque tour, le narrateur pioche 3 cartes secrètes correspondant à 3 images, Il invente alors une histoire ultra-courte, en suggérant les mots des cartes, mais en ne les nommant jamais directement. Les joueurs vont alors placer leurs jetons sur les images qui, selon eux, ont été évoquées. S’ensuivent une révélation et le calcul des points pour la ronde.
Après coup, on change de narrateur et on recommence!

OK, et le jeu se termine quand?
Selon le nombre de joueurs impliqués, la partie se termine après que chacun ait été narrateur une ou deux fois.

C’est tout?
Une règle optionnelle est suggérée afin de rendre le jeu Short Story plus rapide. Il s’agit d’une limite de temps de 90 secondes imposée à partir du moment où le narrateur a ses cartes en main. Une fois le temps écoulé, il dispose de 15 secondes supplémentaires pour raconter son histoire.

Ce que je pense du jeu Short Story?
Avant même d’ouvrir la boîte de Short Story, celle-ci nous fait déjà une promesse. Illustrations évocatrices, format compact et sobriété bien assumée : MJ Games mise ici sur une première impression qui suscite la curiosité plutôt que d’en mettre plein la vue. On sent qu’on nous invite à ralentir, à prendre le jeu entre nos mains comme on le ferait avec un recueil de nouvelles, prêt à être feuilleté. Cette boîte, sans fioritures inutiles, semble dire : ce qui compte, ce n’est pas l’emballage tape-à-l’œil, mais l’expérience que l’on s’apprête à vivre autour de la table. Reste à voir si le contenu est à la hauteur de cette invitation toute en délicatesse.
Et quand on prend la peine de l’ouvrir, force est de constater qu’on a pensé à tout. On a même une piste de score intégrée dans le couvercle. C’est un brin intrigant.

Le matériel et les illustrations
Une fois la boîte ouverte, Short Story confirme cette impression de simplicité réfléchie par un matériel qui va droit au but. Les cartes, soigneusement illustrées, misent davantage sur l’atmosphère que sur l’accumulation de détails, laissant toute la place à l’imaginaire des joueurs. La qualité est au rendez-vous : texture agréable en main, lisibilité sans effort et iconographie claire, rien n’entrave la fluidité de l’expérience. On sent que chaque élément a été pensé pour servir le jeu, sans superflu ni surcharge inutile.
Un matériel discret, mais efficace, qui soutient le propos ludique plutôt que de chercher à lui voler la vedette. On retrouve d’ailleurs dans les plateaux une impression familière issue de nos expériences scolaires. J’ai particulièrement apprécié que des jetons supplémentaires soient fournis. Comme le jeu risque de se retrouver fréquemment entre les mains de jeunes joueurs, il y a fort à parier que des pièces vont finir par manquer à l’appel.
Les illustrations sont élégantes, présentées dans un style clair, mais je n’ai pas trouvé qu’elles étaient particulièrement axées sur le monde de l’imaginaire. On est plus ici dans un univers très réaliste. Je crois que cela va rendre la stimulation de l’imagination peut-être plus ardue pour certains, mais que cela va aussi limiter les ambiguïtés d’interprétation.

Règles et mise en place
Du côté des règles et de la mise en place, Short Story joue la carte de l’accessibilité. En quelques minutes à peine, la table est prête et tout le monde comprend l’essentiel : ici, on entre rapidement dans le vif du sujet. Les règles sont claires, concises et laissent peu de place à l’interprétation, ce qui permet de se concentrer sur l’expérience plutôt que sur le livret. La mise en place, fluide et intuitive, donne le ton dès le départ : on n’est pas là pour se compliquer la vie, mais pour plonger dans une narration partagée, sans friction ni lourdeur. Une approche qui séduira autant les joueurs occasionnels que ceux qui apprécient les jeux qui respectent leur temps autour de la table.
Expérience de jeu
Short Story m’a permis de vivre de merveilleux moments de plaisir et de connexion. Plus que ce à quoi je m’attendais. J’ai eu la merveilleuse idée de l’essayer avec des élèves de ma classe et ce fut un vif succès. L’utilisation des images pour créer de courtes histoires était un déclencheur vraiment idéal pour ma clientèle composée majoritairement de jeunes adultes allophones. Car soyons francs, le défi est double pour les participants. Non seulement, ils doivent être en mesure de concocter une histoire sur mesure à l’aide des illustrations pigées, mais ils doivent aussi être attentifs, et porter attention aux choix de mots des autres. Quelle belle occasion de travailler le vocabulaire! Et les inférences! Et la structure narrative!
Je vous le dis, la prof en moi s’est vraiment emballée! Tant de potentiel pédagogique dans une petite boîte, c’est un vrai cadeau. J’ai tellement aimé les voir chercher, créer, être impliqués. Et j’ai trouvé adorable de voir certains être très compétitifs. Parce que trouver la réponse, ce n’était pas suffisant, il fallait vraiment être le premier à poser son jeton sur les plateaux. Alors entre deux histoires farfelues, on a ri, on s’est détendu et on a appris.

Quoi d’autre?
J’ai beaucoup apprécié la mouvance des plateaux. Comme chaque narrateur aura certains plateaux en main uniquement, on vit un peu moins de redondance. Aussi, je trouve qu’il y a un aspect de mémoire qui est très présent. Il a fallu quelques parties à mes élèves pour comprendre et se rappeler que les images ne se présentent qu’une fois par partie et qu’il faut être très attentif. Mais ils ont fini par y arriver!
De plus, j’ai aimé que les images présentées sur les plateaux viennent complexifier un peu les choses. Je m’explique. Quand on raconte une histoire, il ne faut pas uniquement considérer nos images, mais toutes celles qui ornent les plateaux. Par exemple, à un moment, j’ai dû modifier mon histoire, car je devais faire deviner des skis et j’ai voulu dire un sport de montagne. Toutefois, il y avait une montagne dans les images du plateau, alors cela aurait été maladroit de ma part. J’aurais ainsi risqué de perdre des points. Il faut continuellement être à l’affût.

On y joue à combien?
Contrairement à certains jeux qui partagent le nombre de joueurs recommandé, il est très agréable d’y jouer à partir de 3 joueurs. La formation en petit comité permet à des joueurs plus timides d’oser prendre la parole. J’ai vécu mon moment le plus fort dans cette configuration, car une de mes élèves, qui parle très très peu normalement, a pris la parole avec confiance pour nous faire deviner ses images à son ami et à moi. La voir s’ouvrir et oser, c’était magnifique. Cela dit, il ne faut pas négliger qu’à plusieurs, l’aspect de la course prend de son ampleur et que cela dynamise un peu les choses. Il faut faire des choix, prendre des décisions parfois hâtives et la rapidité d’exécution peut être un beau gros défi pour certains.

Mécanique et ambiance
Dans Short Story, on a affaire à une mécanique plutôt accessible. Le choix des images, la création de l’histoire et la phase de supposition s’enchaînent sans heurts et cela rend le jeu fluide. Et si la thématique est un peu abstraite, cela n’empêche pas les joueurs de se prendre au jeu et d’embarquer à fond dans le concept. Le fait de devoir choisir les images qui sont présentées dans l’histoire en tentant d’être le premier pour remporter un maximum de points a un effet important sur l’ambiance générale du jeu. De même, l’intensité des participants va tout changer. J’ai pu expérimenter avec des joueurs plus tranquilles et d’autres d’un dynamisme rare et je dois dire que plus les jeunes s’impliquent, plus c’est chouette.
Et d’un point de vue pédagogique, ça dit quoi Short Story?
Sérieusement, ça dit Wow! Quel beau jeu pour travailler l’accès lexical, le schéma narratif et l’inférence! Et ce, en plus des traditionnels éléments liés à l’apprentissage des tours de jeu, du respect d’autrui, au savoir-vivre dans un contexte ludique. Ce sont plein de compétences qui vont pouvoir être réinvesties dans d’autres environnements. J’ai vraiment trouvé agréable de voir certains élèves oser, car l’histoire était courte et enfin parler. La gêne, lors de l’apprentissage d’une langue seconde, est souvent un frein majeur et je trouve que le jeu aide vraiment à se défaire de cette barrière. De plus, comme les images sont simples, il est relativement facile de les utiliser pour créer sans s’enfarger.

Rejouabilité de Short Story
Je trouve que le jeu offre une rejouabilité fort intéressante. Les cartes sont multiples et comme on doit toujours faire une sélection de 3 sur 4, les combinaisons sont très très nombreuses. Et si on voulait tenter le coup avec des plus jeunes, on pourrait trier les cartes pour jouer avec uniquement deux plateaux ou deux cartes à la fois. Il est très facile de moduler les règles pour s’adapter à l’univers qu’on désire mettre en place.
En conclusion:
Short Story est un de ces jeux qui offrent à la fois une expérience ludique et pédagogique très agréable. Je le verrais briller tant dans une classe de primaire que dans un univers avec des adultes comme ma classe. Il va assurément rejoindre beaucoup de joueurs.
Bref, si vous aimez les jeux à la fois ludiques et pédagogiques, avec une belle touche créative, alors Short Story est pour vous!

On aime Short Story pour:
– Le look de la boîte intrigant et les illustrations neutres;
– Les règles du jeu très faciles à assimiler et à expliquer;
– Le matériel de belle facture;
– La rejouabilité presque infinie;
– L’ambiance compétitive et agréable;
– Le fait qu’il s’agit d’un jeu accessible à tous (intergénérationnels);
– L’interaction essentielle entre les joueurs;
– La thématique abstraite liée aux histoires;
– La mécanique très efficace pour garder les joueurs engagés;
– Le fait qu’il s’agit d’un jeu fluide, qu’il se joue bien.

On aime moins Short Story pour:
– Le fait que certains “calculent” les images, ce qui rend le jeu moins naturel.
On aurait aimé:
– Une extension avec d’autres plateaux d’images.
Il est à noter que:
– Si vous êtes une personne qui n’aime pas être au centre de l’attention, alors vous pourriez ne pas aimer ce jeu.

Merci à notre partenaire MJ Games de nous avoir offert
une copie du jeu Short Story pour cette chronique.

Nous vous invitons à découvrir d’autres jeux de cet éditeur
en lisant notre chronique sur le jeu CatorCat.

